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Scénario candide

On ne s’est jamais vus.

 

On se donne rendez-vous dans un café. Chacun à sa table, à distance. On a convenu qu’on ne se parlerait pas. Pas un mot. Pas un geste de reconnaissance.

 

On s’observe.

 

Tu regardes comment je bouge quand je ne performe pas pour toi. Comment je tiens ma tasse. Comment je tourne les pages de mon livre. Peut-être que je croise les jambes lentement. Peut-être que je me penche vers la fenêtre comme si le monde extérieur m’intéressait plus que ta présence.

Mais je sais que tu es là.

 

Je sens ton regard sur moi comme une main invisible.

 

Je me lève pour aller à la salle de bain. Je passe près de ta table. Mon manteau frôle ton bras. Ce n’est pas tout à fait un accident. Je ne te regarde pas. Je sens pourtant l’électricité dans l’air, ce micro-moment où ton corps pourrait décider de me retenir… mais tu ne bouges pas.

 

Je retourne m’asseoir. Nos regards se croisent enfin. Une seconde de trop. Je rougis malgré moi. Je baisse les yeux, je joue avec ma cuillère, je respire plus vite. Ce n’était qu’un jeu en ligne jusqu’ici. Là, c’est réel. Mon ventre se contracte.

 

Tu ne souris presque pas. Tu me regardes comme si tu savais déjà.

Je termine mon breuvage plus lentement que nécessaire. Je dépose la cuillère dans la tasse — le signal convenu. Le petit bruit de métal résonne plus fort que prévu.

 

Je me lève.

Je marche vers la sortie sans me retourner.

Je sens tes pas derrière moi.

Dans l’allée, juste avant la porte, ta main se pose à ma taille. Ferme. Décidée. Tu me ramènes vers toi d’un mouvement maîtrisé, assez pour que mon souffle se coupe.

Ta main glisse à ma nuque.

Tu m’embrasses.

Pas timidement. Pas brutalement. Mais comme si tu avais attendu ce moment depuis des semaines.

Je réponds immédiatement. Mon corps se presse contre le tien, mes doigts agrippent ton manteau. Je ne joue plus à l’indifférente. Je t’ouvre ma bouche comme une invitation assumée.

Le monde autour disparaît.

Ce n’est plus un café.

C’est un seuil.

 

Quand tu te recules enfin, je suis essoufflée, les joues rouges, les yeux brillants.

Et je sais que nous ne sommes plus dans l’imaginaire.

La suite… sera chaude.

 

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